Question bête, mais comment on devient l’un des huit meilleurs joueurs de la saison en gagnant un seul match dans les quatre plus grands tournois ?
Arthur Fils s’est qualifié pour le Masters de Turin. J’ai noté. Puis j’ai lu la suite : un match gagné sur les quatre Grands Chelems de 2026, et forfait à l’Open d’Australie et à Roland-Garros. J’ai relu. Le chiffre n’a pas bougé.
Dans le train de 7 h 32, j’ai fait un tableau dans mon carnet. Colonne de gauche : les tournois les plus importants. Colonne de droite : les victoires. Ça faisait une colonne très vide. Et pourtant, il va à Turin. Il y a donc d’autres tournois qui comptent, et beaucoup. Personne ne me l’avait dit.
Le plus beau, c’est que Fils lui-même a l’air d’avoir découvert le paradoxe en même temps que moi. Interrogé par L’Équipe, il a répondu en s’en amusant : « Il faudrait regarder, je pense que ça fait partie des records. » Puis : « Il faut que je me renseigne. » On est deux à se renseigner. Je me sens moins seul.
La source dit que seul Brad Gilbert, en 1989, s’était qualifié sans aucune victoire en Grand Chelem. Donc Fils n’est même pas le cas le plus étrange. Il a une victoire d’avance sur l’étrange.
Alors, c’est très simple. Le Grand Chelem, c’est deux semaines. La saison, c’est onze mois. Je l’avais dit dès janvier.
J’ai demandé à Jean-Pol où il l’avait dit. Il a dit « dans l’esprit ».
Fils est entraîné par Goran Ivanisevic. Il dit que le Masters est un rêve d’enfant et qu’il espère y participer presque tous les ans. Moi, à son âge, enfin au mien, je rêvais de comprendre pourquoi 15-30-40. Lui va à Turin. J’ai demandé s’il fallait gagner un match là-bas pour que ça compte. On m’a répondu que là, oui. Bref, j’ai encore beaucoup à apprendre.
Le fait est vrai, on a vérifié : We Love Tennis.




