Un joueur a souri après une défaite. Un consultant a dit ne pas y croire. Le joueur a dû s’expliquer publiquement, depuis Londres en plus, où il prépare autre chose. Je relis ça trois fois pour être sûr d’avoir bien compris le mécanisme.
Carlos Alcaraz a perdu son quart de finale de l’US Open contre Ben au super tie-break. Il explique avoir été absent cinq mois sans disputer le moindre match officiel, avoir beaucoup souffert durant cette période, et ne pas être sûr d’avoir pu revenir à temps pour le tournoi. Il dit avoir disputé quatre matchs à un bon niveau avant cette défaite, et avoir savouré chaque instant malgré la douleur. C’est pour ça, dit-il, qu’il a souri en quittant le court.
Patrick Mouratoglou avait dit ceci : « Carlos Alcaraz est sorti de sa défaite à l’US Open en disant qu’il était content. Je n’y crois pas. Les joueurs qui font semblant de se moquer d’une défaite, je pense qu’ils mentent. » Question bête, mais depuis quand un sourire doit-il être authentifié ? Est-ce qu’il existe un formulaire ? Un contrôle a posteriori, comme pour le matériel ?
Ce qui me frappe surtout, c’est l’ordre des opérations. D’abord la défaite. Ensuite le sourire. Ensuite le doute du consultant. Et enfin l’explication du joueur, en cinq points précis, presque comme une déposition. J’ai vérifié, et en fait personne ne m’a expliqué à quel moment un sourire devient suspect plutôt que normal. Est-ce le tie-break perdu qui change la donne ? Le nombre de mois d’absence ? Le fait que ce soit un quart de finale et pas un premier tour ?
On m’a expliqué qu’un joueur qui perd doit avoir l’air triste, sinon on soupçonne un mensonge. J’ai demandé qui vérifie ça. Personne ne m’a répondu. Alcaraz, lui, a donné cinq raisons précises d’avoir souri. Bref, j’ai encore beaucoup à apprendre sur ce qu’un visage est censé montrer après un super tie-break.
Ce que je retiens, c’est qu’un joueur a dû expliciter, presque point par point, pourquoi il avait éprouvé du plaisir malgré la défaite, alors que d’habitude on demande plutôt aux perdants d’exprimer de la déception. Ici c’est l’inverse : on lui demande de justifier la joie. Je trouve ça fascinant et un peu vertigineux à la fois.
Les propos d’Alcaraz ont été relayés sur le site officiel de la Laver Cup, où il doit disputer l’épreuve du 25 au 27 septembre à Londres. Bref, j’ai encore beaucoup à apprendre sur ce que les visages ont le droit de montrer sur un court.
Le fait est vrai, on a vérifié : We Love Tennis.




