Il y a vingt ans, à Madrid, Tomas Berdych a battu Rafael Nadal 6-3, 7-6 en quarts de finale. Nadal était le jeune homme de la maison, deuxième mondial, et il avait gagné le tournoi l’année d’avant. Berdych était onzième. Cela se jouait à l’intérieur, à la Madrid Arena, sur dur.
Au deuxième set, le public applaudissait les beaux points de Nadal. Il applaudissait aussi les fautes de Berdych. Le garçon s’est agacé. Il a dit ensuite : « Je comprends qu’ils veulent le voir gagner le match et le tournoi, mais ce n’est pas la Coupe Davis, où vous pouvez vous attendre à ça. » C’est une phrase bien construite, avec une concession au début. On voit qu’il a été élevé.
À la fin, il a célébré sa balle de match à la manière de Nadal, puis il a servi, et c’était fini. Avant de serrer la main, il s’est tourné vers les gens, un doigt devant la bouche.
Chez nous, au whist, ma tante avait une voisine qui riait quand on se trompait d’atout. Pas fort. Juste assez. Ma tante ne disait rien, elle reposait ses cartes et attendait. Un dimanche, elle a gagné toutes les levées, puis elle a mis un doigt devant la bouche, comme ça, sans un mot. La voisine est revenue le dimanche suivant. Elle n’a plus jamais ri. Elle a aussi apporté la tarte.
Le jeune homme menait trois à un contre Nadal, ce soir-là. Les gens de Madrid, eux, avaient applaudi ses fautes comme les points de Nadal, en payant leur place.
La voisine, au moins, apportait une tarte.
Le fait est vrai, on a vérifié : Tennis Majors (FR).




