Question bête, mais comment on sait qu’une insulte est gentille ?
Je reprends. Jiri Lehecka a battu Frances Tiafoe 6-4, 7-6(4) en quarts de finale de l’ATP 250 de Stuttgart. Il a gagné le tie-break du deuxième set, donné son interview, puis il est rentré aux vestiaires. De l’autre bout de la pièce, il a entendu une phrase grossière, répétée deux fois. Je ne l’écris pas, la rédaction dit qu’on n’écrit pas ça. Lehecka a raconté sa réaction : « Je me suis dit : “Oh mon…”. Alors on a éclaté de rire. C’était super sympa. »
Super sympa. J’ai relu trois fois.
Au foot, on chante. Au tennis, on se tait pendant deux heures, personne ne bouge un sourcil pendant le service, et quand c’est fini, on s’insulte avec affection dans une pièce carrelée. Donc le silence, c’est pour le court. Le vestiaire a d’autres règles. Personne ne me les a données.
Ensuite, toujours selon Lehecka, ils ont parlé du match : son déroulement, ce qu’ils avaient bien et mal fait, les encouragements des fans. Comme deux collègues à la machine à café. Lui conclut : « Dans ces moments‐là, on voit à quel point on est détendus en réalité. »
J’ai voulu tester la méthode. Dans le train de 7 h 32, mon voisin m’a pris l’accoudoir. Je n’ai rien dit, évidemment. J’ai juste pensé très fort à une phrase. Il n’a pas éclaté de rire. Il ne s’est rien passé du tout, en fait, il a gardé l’accoudoir jusqu’à Bruxelles.
Il manque peut-être le tie-break avant. Lehecka dit d’ailleurs que c’était l’un des meilleurs matchs qu’il ait joués, et il vient d’éliminer Stan Wawrinka au premier tour de Bâle. Moi, j’ai perdu un accoudoir.
À la buvette, on fait pareil après les interclubs. Sauf qu’on ne rit pas.
Bref, j’ai encore beaucoup à apprendre.
Le fait est vrai, on a vérifié : We Love Tennis.



